C’est un grand jour pour Raymond. Son fils, Jérémie, revient au bercail pour recevoir
une médaille. Ce matin-même. Débordants d’enthousiasme et tout en s’apprêtant pour cette officielle cérémonie, Raymond et Jérémie relisent avec tendresse quelques jalons de leur histoire commune.
En ce jour de gloire inattendu, Jérémie prend un malin plaisir à rappeler à son père qu’il a buté plus d’une fois sur son fils… qui naviguait, à vue, sur cette ligne de démarcation toujours plus
infime séparant l’enfance du monde adulte. Un fils prodigue, ça pose question (s) !
Vers quelle époque le bateau des habitudes et du quotidien s’est-il mis à tanguer ? Jusqu’à chavirer. Jusqu’au départ de Chantal, son épouse. Concomitant avec celui de son fils, de leur fils… qui
revient, qui va être décoré, dans une heure…
Mais qu’est-ce qui bute ? Qu’est-ce qui cloche ? Quels sont ces imbéciles fantômes qui sortent des
placards pour gâcher la fête ? Cette Jacqueline, une passade, que vient-elle faire là ?
Raymond en perd la clé, la tête, il est enfermé de l’intérieur ! Et personne pour répondre à cette lancinante et sourde et fondamentale question, jusque-là enfouie dans le conformisme et la
respectabilité : peut-on vivre toute sa vie à titre posthume?